All About Jazz
Muse is Yaron Herman's fourth album and with it the Israeli-born/French-based pianist continues his steady progress towards a mature post-Keith Jarrett, post-Brad Mehldau style and the certainty of world ranking. Still in his late twenties, Herman set out his stall with the piano/drums duo album Takes 2 To Know 1 (Sketch, 2005), which was followed by a solo set, Variations (Laborie Records, 2006), and most recently a trio plus electronica album, A Time For Everything (Laborie Records, 2007). The new album, another trio outing, has the same personnel as its predecessor—Herman, bassist Matt Brewer and drummer Gerald Cleaver—but without an electronicist.
On the evidence of Muse, Herman's time can't be long in coming, if indeed it isn't immediately around the very next corner. The influence of Jarrett and Mehldau can still be heard, but is now more diffuse. To it can be added another resonance, Esbjorn Svensson. For along with his intense, emotionally nuanced lyricism, Herman can turn out phrases and motifs as emphatic and percussive as the late pianist's. And he does so on Muse, unaided by the electronic boosters used by the Swede. There are moments on the more passionate and fiery tracks, which make up about half of the set, when it could almost be Svensson playing, unplugged. But there's a difference. Svensson's powerfully emotional performances seemed at times to be pre-scripted, turned on and off with deliberation. Herman's passion is unlike that; it feels more organic, more in-the-moment.
In contrast to A Time For Everything, with its dollop of covers from Björk, Sting, Leonard Cohen, Britney Spears and the American songbook, Muse focuses on Herman and Brewer's writing. There are just two familiar covers, Dizzy Gillespie's "Con Alma" and Björk's "Isobel," plus one lesser-known tune each from songwriters Alexander Argov and Naomi Shemer. Argov's Middle East-inflected "Lamidbar" and Herman's "Vertigo," which are grouped one after the other, are among the highpoints of the album—urgent, visceral and giddifying.
Herman includes a string quartet on three tracks to rewarding effect. At just over three minutes, the opening title track is a brief but substantial classical piece; rhapsodic and suggesting something eventful to come. The strings are assertive and foregrounded. They are less so on "Isobel," where Cleaver's "tribal" drumbeats, reiterated throughout, provide the engine. On the haunting "Rina Balle," which closes, they morph winningly between background and foreground.
Not to be missed.
Published: July 19, 2009
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World Sound - Mai - Juin 2009
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Les Dernières Nouvelles du Jazz - Lionel Eskenazi
Mais les rencontres les plus importantes ont été celles avec Matt Brewer, son contrebassiste et Gerald Cleaver, son batteur, qui ont permis, depuis maintenant deux ans, la constitution d’un trio organique et interactif de tout premier plan. La force et la maturité de ce trio constituent l’atout principal de Muse, qui est déjà son quatrième album, et le deuxième en trio (l’excellent A Time for Everything a été enregistré début 2007 alors que le trio venait de se constituer). A la première écoute de ce Muse, l’auditeur est déstabilisé car Yaron Herman nous fait voyager, à travers les quatre premiers morceaux, dans quatre directions différentes. La musique classique, avec le titre Muse, où un poignant quatuor à cordes se joint aux notes solennelles et détachées de Yaron Herman. Le jazz classique avec une reprise très lyrique et très mélodique du Con Alma de Dizzy Gillespie. Le jazz d’aujourd’hui, avec ce formidable et énergique Vertigo, qui par son originalité, son dynamisme et sa ferveur, résume très bien le talent de compositeur- pianiste de Yaron ainsi que celui de ses redoutables accompagnateurs. Puis le quatrième titre qui nous propose une interprétation fougueuse du folklore juif avec Lamidbar.
Après plusieurs écoutes, on comprend très bien que la succession de ces quatre morceaux, tel quatre points cardinaux, résume la culture musicale de Yaron Herman et va nous permettre, comme s’il s’agissait d’une boussole, de nous repérer dans le disque et de pouvoir l’appréhender complètement. Pour compléter ce tableau, une composition sublime bâtie sur une phrase mélodique dissonante, d’une beauté magique et profonde (Perpetua). Une reprise de Björk (Isobel), avec une inventive intro de batterie et le retour du quatuor à cordes dans un arrangement flamboyant. Mentionnons aussi deux compositions de Matt Brewer, dont le très beau And the Rain et le morceau piano solo introspectif (Lu Yehi) où Yaron plonge avec beaucoup de sensibilité et de retenue dans 5000 ans de culture juive. Lionel Eskenazi
Progressia
La formation reste inchangée : Herman, Matt Brewer et Gerald Cleaver qui reprend sa place à la batterie (alors qu'il est remplacé par l'hirsute Tobby Crane en concert), et encore plus que sur le précédent disque, les trois hommes parlent d'une seule voix. Yaron Herman a toujours tendance à pousser la chansonnette sur son piano, il respire toujours la musique, il s'engouffre en elle. L'urgence d'une frénésie rythmique (« Vertigo », et l'exceptionnel « Lamidbar ») se fait de nouveau sentir et se fraie un chemin à travers les mélodies au piano. MCe nouvel élan va bien au-delà de la simple confirmation d'un artiste qui aurait trouvé sa voie. Herman a trouvé ses voies, ou plutôt, il les explore toutes en même temps avec une naïveté confondante. Dans ces moments de grâce, l'instabilité géniale des concerts ressurgit, en courant vers l'avant, les trois musiciens défient les lois de l'équilibre pour ne jamais retomber. La mélodie, le rythme, tout s'emballe ; en apnée, ils avancent portés juste par leur propre propos et leur inspiration qui pourrait les abandonner d'une seconde à l'autre. Et toujours, le discours tient, évolue et s'enrichit sans jamais sombrer dans la démonstration.
L'album se termine comme il commence par un voyage sur fond de cordes en velours assuré par le Quatuor Ebène, qui sort juste un peu du jazz, pour se noyer dans une musique plus méditative, évoquant un Cinematic Orchestra mobile et sensuel. Ces quelques moments disséminés le long du disque renforcent encore l'impression de maitrise insolente qui se dégage de ce jeune homme. Alors, on est prêt à tout lui pardonner, sa célébrité maintenant presque trop grande, son talent insolent pour n'avoir juste qu'à l'admirer et le voir s'envoler vers des nouveaux défis à sa mesure, qu'il abordera toujours, on l'espère, avec sa désarmante sympathie.
Mathieu Carré - Website Progressia
Les Inrocks - Mars 2009
Libération.fr par Bruno Pfeiffer

Le pianiste le plus surnaturel de la scène actuelle du jazz s'appelle Yaron Herman. Il s'amuse avec son instrument, avec son trio et met la musique en liesse. Je saute de joie quand j'écoute ses disques. Depuis plusieurs années, les concerts du prodige né en 1981 à Tel-Aviv se retrouvent dans toutes les conversations.
Il a décroché la Victoire du Jazz de la révélation instrumentale en 2008. Il a commencé le piano à 16 ans, avec le professeur Opher Brayer, qui n'enseigne pas la musique avec les notes ou le solfège, mais avec les mathématiques appliquées à l'improvisation. “Je ne sais jamais ce qui va apparaître quand je commence à jouer. La musique prend forme au fur et à mesure. La musique du trio (avec Matt Brewer à la contrebasse et Gerald Cleaver à la batterie) a pris sa source il y a deux ans du désir commun de partir à l'aventure. Hier soir, dans la salle du Cheval Blanc de Schltigheim, des merveilles ont jailli de nos improvisations. Ce n'est pas toujours le cas.”
En juin dernier, Michel Portal a demandé à Yaron de l'accompagner aux Flâneries de Reims. Un concert hors du temps. Le saxophoniste et le pianiste ont gâté de prouesses un public en extase. Une surprise? Pas totalement. Yaron explique : “Portal ne s'attache pas davantage que moi à la partition. Il lui suffit d'écouter le thème. On s'en éloigne, l'interaction s'enclenche. La rythmique bouillonne. Aussitôt la musique s'intensifie”. Yaron et Portal sont du même bois. Celui qui élève le niveau vers le ciel. De leurs concerts surgissent des mélodies inattendues, qu'ils n'ont eux-mêmes jamais jouées, pourtant universelles et dans l'inconscient collectif. Les mélodies atendaient d'être libérées de leurs têtes par les virtuoses.
Le trio de Yaron tourne comme une planète depuis deux ans. Leurs publics ont vécu des soirées inouïes. Après A time for everything, salué partout, le brelan fantastique a choisi de produire sur son propre label Laborie, un second disque, Muse (distribué par Naïve). Servi sur quelques titres par le quatuor Ebène, écoutez le trio, encore plus décomplexé et suave qu'avant, déployer son ouragan jubilatoire. La musique est si vivante qu'il paraît présomptueux de la figer par des figures de rhétorique. Aussi voici les termes signés de l'artiste, passionnants. Ils sont joints au communiqué de presse. Pour une des rares fois où le classique communiqué apporte davantage qu'un conglomérat de louanges : place au Maestro de demain (et d'aujourd'hui), Yaron Herman...
“La musique étant par essence un mélange subtil et explosif de rigueur intellectuelle (composition, improvisation, complexité, forme), de profondeur émotionnelle (liée à l'expression) et, dans le cas particulier de l'improvisation, j'ajouterais également le rôle indispensable joué par le geste physique qui est totalement lié aux deux éléments précédents car il doit s'exécuter dans l'instant réel comme une concrétisation physique d'un processus intérieur et mental. Quand on utilise des mots pour décrire ce processus de création, j'ai toujours l'impression qu'on arrive difficilement à exprimer les choses avec précision. Comment exprimer une émotion, un son, avec des mots? Devenir poète ? C'est certes une possibilité. Mais la musique contient déjà en elle-même cette poésie qui transcende les mots. C'est donc à cause des limites du langage que j'ai toujours préféré penser que la musique parlait d'elle-même. Elle n'avait pas besoin de moi pour la justifier ou l'expliquer. (...)
Dès la première fois où nous avons joué ensemble, j'ai réalisé le potentiel de notre trio. Quand nous

avons enregistré A time for everything, nous ne nous étions jamais encore produits en concert ensemble. Matt et Gerald se connaissaient de réputation mais n'avaient jamais joué tous les deux. Nous sommes partis à l'aventure et nous avons été ravis du résultat, tout en nous demandant comment notre musique évoluerait après des mois de tournées. L'année qui a suivi nous a permis de mieux apprendre à nous connaitre et, au fur et à mesure des tournées, nous sentions que la musique prenait une autre dimension et s'intensifiait à chaque concert. Concerts qui n'étaient d'ailleurs jamais semblables. Tous les trois, nous estimons que la vraie essence du jazz n'est pas "playing it safe" mais plutôt d'essayer d'aller plus loin dans la musique à chaque fois. Ceci nous a permis de trouver notre propre univers et un son de groupe de plus en plus personnel.
La musique de cet album fut en majeure partie composée en tournée: dans des avions, trains, chambres d'hôtels et quelques cafés. Pour moi, elle est intimement liée au voyage: en étant sur la route notre état d'esprit change, on ne voit pas les mêmes choses, ni les choses de la même manière. On s'affranchit de l'emprise du temps sur notre quotidien, on se libère d'un certain poids et on se projette autrement sur ce que nous vivons.
Une citation du philosophe autrichien Ludwig Wittgenstein suggère que si : "L'on considère l'éternité non pas comme du temps infini mais comme l'absence du temps, alors celui qui vit dans le présent vit dans l'éternité". La recherche d'un improvisateur de jazz est particulièrement paradoxale car le jazz, et plus précisément l'improvisation, est par définition une musique de l'instant (composée et exécutée en temps réel) qui aspire à toucher l’éternel. Chaque moment est unique, il ne se répétera jamais, ce qui demande à l'improvisateur averti un degré de conscience aigu. L’artiste doit trouver les graines d'éternité qui se cachent dans ces instants éphémères. La sincérité devient essentielle. L'improvisation peut nous permettre justement d'atteindre ces instants magiques où le temps disparaît et au cours desquels nous sommes face à quelque chose qui est profondément lié au présent mais qui appartient également à l'éternel, au perpétuel, qui a toujours été là en réalité. Le temps extérieur s'efface comme dans un voyage et il ne reste plus que la musique. Comme disait le saxophoniste Charlie Parker: "Now's the time" (C'est maintenant ou jamais). C'est cette recherche interminable à laquelle nous nous livrons sur Muse.
Je vous avais prévenu que je parlais bien mieux avec mon piano. Il ne me reste qu'à espérer que ma musique, où que vous soyez, vous procure ne serait-ce qu'un instant ce que nous ressentons en jouant : le plaisir de l'absence du temps.”
Ça le fait, non ?
Yaron Herman joue le 9 mars au Théâtre des Champs-Elysées.
• Bruno Pfeiffer •
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Jazz Magazine
Jazzman - Muse - Choc Jazzman
Le Poing et La Plume - William Irigoyen
Un livre, une pièce, un film, une exposition, un concert ... ça heurte, ça blesse, ça donne la nausée, ça endort ... ça réconcilie avec la vie, ça anéantit la monotonie du quotidien, ça crée de l'harmonie, ça élève l'âme ... Voici mes coups de poing, mes coups de colère mais aussi mes coups de foudre ... Parlons culture ... entre autre ...
Yaron Herman, Interview
Je vous avais déjà parlé, dans une chronique
précédente, de Yaron Herman ... le même revient cette
fois avec un nouvel opus dont je ne saurais trop vous
recommander l'écoute tant il est il est vrai que ce
pianiste a vraiment un talent exponentiel ...
Inutile de tourner autour du pot : « Muse »
est une merveille ... Comme dans le précédent album,
Yaron Herman fait montre d'une audace inouïe, à moins
qu'il ne s'agisse là d'une sorte de folie inspirée
... accompagné de Matt Brewer à la basse et Gerald
Cleaver à la batterie, Yaron Herman surprend, déroute
... jamais là où on l'attend ... je l'avais trouvé
électron libre dans « A time for
everything » ... je le retrouve ici un peu plus
apaisé mais toujours avec la même soif de chercher
pour combler son auditeur de surprises en tout genre
... Yaron Herman est sans aucun doute un travailleur
infatigable ...
Premier morceau et titre du CD, « Muse »
est une pure merveille magnifiquement servie par
cette apparition de violons qui permet d'oublier en
quelques secondes les petits tracas de la vie
quotidienne pour s'envoler vers des horizons plus
ouverts ... hormis « Muse » j'ai été
vraiment subjugué par « Perpetua »,
« Joya » et « And the rain » ...
Ajouté à cela que j'ai eu l'immense honneur de
pouvoir interviewer Yaron Herman à Paris il y a
quelques jours ... mais je préférais attendre d'avoir
le CD avant de mettre tout cela en ligne ...
Ce sacré Monsieur me fait l'effet d'être un garçon
facile d'accès, l'œil rigolard derrière ses
lunettes carrées noires ... il parle de la musique
sans masque, sans volonté de plonger son
interlocuteur dans l'embarras, d'utiliser un
vocabulaire abscons ou prendre des pauses de maestro
... petit rappel tout de même : Yaron Herman aura 28
ans cette année ... il vient de se produire avec
Michel Portal non loin de Strasbourg ... il a appris
le piano à 16 ans ... qu'ajouter de plus ?
Cette photo, qui me semble ancienne, résume assez
pour moi le personnage même si je me garderai bien de
dire des choses définitives sur Yaron Herman ...
Photo N/B
La rencontre fut donc magique pour moi ...
J'espère que vous aurez ce sentiment vous aussi ...
Ah, j'allais oublier : Yaron Herman est actuellement
en tournée mondiale ... Il passera prochainement près
de chez vous, c'est sûr (>
Lien vers les dates de
concerts)
... Achetez le CD, écoutez-le en boucle comme je le
fais depuis deux jours ...
J'ai vraiment une profonde admiration pour ce
pianiste hors du commun ...
Bonne écoute et à bientôt, le temps d'aller respirer
un peu l'air des montagnes françaises ...
Interview Yaron sur l’excellent
blog de William Irigoyen / Arte TV
http://blogs.arte.tv/Le_poing_et_la_plume/frontUser.do?method=getHomePage
Music Story
Deuxième volet
des très riches et sensibles aventures du Yaron
Herman Trio, après A Time For
Everything, déjà salué
en 2006 comme un disque majeur du jazz européen. Le
pianiste, dil y a peu de temps honoré d’une
Victoire de la Musique (révélation du jazz
instrumental en 2008), et théoricien d’une
technique d’improvisation (real time
composition) qui commence
à faire école, a conservé à ses côtés son équipe
initiale.
Le plaisir est donc naturel (comme cette musique, en
fait) de retrouver ici le contrebassiste Matt Brewer
qui, à pas trente ans, a déjà croisé la route du
pianiste de jazz cubain Gonzalo Rubalcaba, ou du
saxophoniste ténor Mark Turner, et de Gérald Cleaver
à la batterie, brillant accompagnateur du chanteur
américain Jimmy Scott. Ce processus créatif à trois
têtes se renforce sporadiquement (sur trois pièces,
dont une reprise de l’ « Isobel »
de
Björk), des cordes du Quatuor Ébène, manifestement
peu effarouché de la transition des œuvres de
Haydn au jazz.
Majoritairement constitué de compositions originales
(on relève toutefois une reprise émouvante du
« Con
Alma » de Dizzy
Gillespie, ainsi qu’une partition attribuée à
Naomi Shemer, sans nul doute figure prééminente de la
chanson israélienne), Muse
épate par la
joie manifeste de jouer qui exsude de chaque mesure.
Du propre aveu du pianiste, ces thèmes, composés dans
la fébrilité des tournées, posent en fragiles
instants de grâce ces moments d’éternité, qui
meurent dans la beauté de l’instant, pour
ressusciter grâce à la sensibilité des trois
artistes.
On ressent davantage qu’une simple complicité
et complémentarité se glisser dans ces instants
d’équilibre et de sensibilité, mais bien une
réelle amitié, sans laquelle la musique la plus
performante n’est qu’un exercice de
style. Dans la configuration fort périlleuse (et fort
courue) du trio, cette formation s’impose
d’ores et déjà comme un atout européen de ce
jazz continental, qui n’en finit pas de nous de
réserver de bien élégantes surprises.
Christian Larrède


